Oeil pour oeil,
bras pour bras. Nous sommes en 1988, devant la basilique du Sacré Cœur à
Grenoble, rue Jean Macé. Marianne vient de faire sa première communion. Vincent
en bon samaritain n'arrête pas de ricaner depuis 3 quarts d'heures. Le départ
en Skate Board est imminent. Le chemin de croix arrive...
lundi 13 juin 1988
Skate board sans moteur
Mars 1988, à Grenoble
dimanche 12 juin 1988
9- Planche à roulettes
Touche à tout, insatiable, pitre, bonimenteur, le voilà
embarqué dans un de ses moments privilégiés: assister à la première communion
de sa cousine Marianne. Evidemment il exècre le symbole, mais rit de grand
cœur de la pitrerie du moment, des dévots qu'il méprise, et du curé qui ne vaut
pas trois sous par définition. Il fait froid à Grenoble, c'est encore l'hiver.
Mon père passe un temps infini avec le clodo à la porte de l'église. L'honneur
de lui donner non pas trois pièces, c'est ridicule, mais un cigarillo. Ca c'est
génial, élégant. Et la causette démarre avec le gars. Cinq minutes, dix
minutes. J'adore mon père. Il m'expliquera ensuite dix fois combien le gars
préfère un cigarillo à dix francs. Je ne me lasse pas de cette analyse
sociologique. Dernier jour avant le retour. Trop de repas, trop de sucre. La
dernière balade. Mais d'où sort ce skate board. C'est tout nouveau au milieu
des années 80. J'en avais vu furtivement sur des pochettes d'album de chanteur
américain. Mais un pour de vrai! Ah non, je ne veux pas essayer, ce n'est pas
mon monde. Vincent, il adore. Evidemment, il le monopolise. C'est un truc
nouveau, c'est génial, tout le monde le regarde. Et c'est du made in USA, le
top dans les années 80. Catastrophe. Sur un passage piéton anodin, 5 mètres
devant moi. Je n'ai rien vu. La chute et le bras qui se fracasse sur le rebord
du trottoir. Rien que de très banal. Mon père se précipite. Il soulève le bras
par le coude. L'avant bras se plie en deux. Analyse rapide, ça doit être cassé.
Vincent hurle. Bientôt le camion de pompier hurle aussi. Grand stress dans la
famille. Comment on fait, qui monte, qui y va avec le petit? Il crie depuis 15
minutes, c'est la panique. Le soir, on est tous à l'hôpital. Mon père doit
signer une décharge. Vincent va être anesthésié. L'hôpital ne peut être tenu
responsable si ça tourne mal. C'est quoi ce papier, ce n'est pas normal. Tout
le monde en parle à demi-mot. On me prend à part, on me dit le secret. Nouvel
affolement. C'est mon premier contact avec un hôpital. J'ai l'impression que les
parents en savent autant que moi sur le mode de fonctionnement dans ce genre
d'établissement. Tant pis, le petit a mal. Vite il faut agir. Allez les autres,
il faut rentrer. Vous gênez. Il n'y a rien à voir. Le lendemain, Vincent a un
plâtre au bras. C'est trop génial, on peut écrire dessus avec un feutre. Quoi
moi? Euh je ne sais pas. J'écris Vive les maladroits. Dominique. J'adore son plâtre. Il va le garder
sacrément longtemps. Je deviens jaloux de tous les messages qu'il récolte sur
ce plâtre. Quel héros, mon frère.
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