dimanche 8 août 1993

Un freinage épineux


Juillet 1991, à Novalaise




1991: Novalaise, sur la route de Yenne, devant le Perret. Vincent vient d'arrêter le test du Skate Board à moteur. Nous voila parti pour une aventure cycliste des plus périlleuses. Vincent veut absolument me montrer qu'il connaît les secrets des alentours depuis son stage comme commis au restaurant la Bergerie 1 an plus tôt.

samedi 7 août 1993

29- La roue et le frein

Papa l'a décidé. Nous allons à Novalaise ce mois d'août, c'est pour l'occasion d'une fête d'anniversaire de mariage d'oncle et tante. Nous y allons très rarement à Novalaise. Pourtant, papa nous raconte régulièrement avec beaucoup de nostalgie ses voyages à lui en Savoie quand il était petit. Notre sang savoyard, notre fierté nous rappelle-t-il. Vincent est à l'aise, il connaît beaucoup mieux que moi toute cette famille. En 1990, l'année dernière, il est parti, pour son premier job d'été, travailler dans le restaurant de René, la Bergerie. Il a logé chez Maurice et Yvette, jeunes retraités alors. Il avait oublié de descendre du train à l'arrivée, ça présageait du meilleur. Cette fois, nous voici une nouvelle fois embarqués dans la tournée du Perret, du Menou, chez tante Marie-Thérèse, etc... Au Perret, c'est l'effervescence, le cousin François vient de gagner à l'émission la Roue de la Fortune. Il a décroché de nombreux cadeaux, dont le gros lot, une AX blanche. Il y a beaucoup de monde, la VHS de l'émission tourne en boucle, on en profite, puis les cadeaux sont passés en revue. Vincent retient en particulier le fameux skateboard à moteur, dont la vie commerciale très avant-gardiste n'a toujours pas décollé. Une séance d'essai immédiate sur la route devant la ferme s'organise. Tout le monde rit, le temps passe, Vincent prend l'initiative. Il me défie de monter le pic de l'Epine en bicyclette. Je ne sais de quoi cela ressort, il m'explique qu'il l'avait fait en 90, et que je n'y arriverai pas sans poser le pied par terre. La discussion s'anime avec nos cousins sur cet exploit sportif, ils nous prêtent 2 vélos oranges un peu dans leur jus, et nous voilà parti tous les deux. Je suis Vincent de près, je serai bien incapable de revenir. Vincent se moque de moi car à 500 mètres de l'arrivée, je crois que ça descend déjà tellement la pente était dure. Pas de pause, on redescend déjà vers le lac d'Aiguebelette. Je m'inquiète, mon vélo ne freine pas beaucoup. Vincent m'arrête, il inspecte mon vélo. Nous sommes seuls sur une toute petite route de montagne, quasiment en haut du col, et encore assez loin du village. Il décide d'échanger nos bicyclettes. C'est Vincent, mon grand frère, qui me protège. La descente reprend. Il passe rapidement devant moi. Les freins lâchent au bout de 2 virages. Je l'entends hurler. Il descend à toute vitesse. Il passe les virages à gauche de la route. Une voiture peut surgir en face à tout moment. Il va trop vite. Je ne le vois plus. Une minute passe, je suis seul. Je continue à descendre, très inquiet. Il m'appelle. Il a réussi à filer droit sur un sentier en terre qui remontait, à la sortie d'un virage. Ca l'a arrêté. Ouf. Je veux repartir à pied. Allez, dépêche-toi, me souffle-t-il. Et il repart de plus belle. Je le rejoindrais en bas de la pente, au village. Il fait remarquer aux cousins que le vélo n'a plus de frein. J'acquiesce timidement. Oui, en effet, ils le savent. La journée continue. Sans lui, c'était moi qui partait sans contrôle sur la route du col, et je ne pense pas que j'aurai eu le sang froid de foncer vers ce sentier cabossé. Il m'a sauvé par anticipation.

jeudi 1 juillet 1993

Un secret en héritage

Juillet 1993, à Novalaise




Papi prend du bon temps et se laisse traîner chaque matin par l'oncle Maurice au café du coin pour commenter l'actualité en sifflotant quelques canons. L'air pur et vivifiant d'Aiguebelette nous laisse perplexes. Le vin blanc et le soleil ne nous éclairent en rien sur les turpitudes à venir de la vie de propriétaires.

mercredi 30 juin 1993

28- La donation

Eté 1993. Les parents s'agitent, et c'est la valse des habits du dimanche. Une grande nouvelle s'annonce. Officielle. Mais sans communication. La rumeur n'enfle pas, car tout le monde sait. Moi, je ne suis pas trop sûr de bien savoir. Mais de toute façon, on n'en parle pas, comme d'un air entendu. Maman va chez le notaire avec papi et mamie. Oui, c'est aujourd'hui le jour de la révélation. Le ton pris par maman est poli, sentencieux, empli de respect.  Mabou fait une donation aux grands-parents. La donation. Totale, globale. Le sceau de 50 ans de vie commune. On s'amuse beaucoup avec Vincent de ce faux mystère, de ce mélange de gaieté, de fierté, et de silence. Evidemment, pour sceller la pièce de théâtre, maman nous prévient que nous ne sommes pas censés être au courant. Pour moi c'est du Marivaux, et c'est du Goldoni pour Vincent. Les grands-parents se font une joie par avance de nous l'annoncer. Ils nous invitent pour l'occasion à une virée en Savoie. Nouveau choc. Une sortie avec nos grands-parents, eux qui n'ont jamais voulu sortir de la région. Grande nouvelle, grand déplacement. On partira à 4, papi, mamie, Vincent, et moi. Rappel de l'importance de garder le secret, qui sera donc révélé au cours du voyage.
Vincent enchaîne les imitations à l'avance sur le scénario de la révélation. Et papi qui siffle, qui regarde tout autour de lui, qui chuchote, et la Sierra qui se met à chauffer. La préparation du voyage est vraiment drôle, il me tarde.
C'est le grand jour du départ. Je ris beaucoup à l'intérieur, je cherche sans cesse le regard complice de Vincent, qui fait mine de démarrer une imitation. A peine 4 heures de route, nous nous arrêtons sur une aire de repos près de Montélimar. C'est la pause repas. Pas de sandwich. La glacière version grands-parents, c'est une réserve à nourriture pour 20 personnes. Il faut déplier la nappe sur la table d'autoroute. A peine le muscat servi, papi prend la parole. Exactement le scenario18 imaginé par Vincent. J'ai envie de rire, je le regarde. Incroyable, il joue le rôle à la virgule près, il est étonné, heureux, fait répéter papi, semble déboussolé, fier, lance des remarques d'un air entendu... Je suis perdu, je ne sais pas faire. Je bloque. On repart, le voyage continue, tout le monde a le cœur léger. Quel comédien.

lundi 18 janvier 1993

Le moteur de la liberté

Juillet 1992, à Cuq-Toulza



Vincent vient d'avoir le bac C, mention AX (mention "ric-rac").
Mon Brevet des Collèges est salué par un VTT tout neuf. 

Maman nous le répète depuis 5 ans. On n'aura pas de mobylette pour nos 16 ans. C'est trop dur pour ses nerfs de maman. Le cadeau, c'est la voiture pour les 18 ans.

Mami s'était empressée de montrer à Vincent le véhicule caché dans la cave de Cadix depuis le mois de mai. Sa générosité lui a toujours empêché de garder un secret plus de 48 heures, ce qui nous fait beaucoup rigoler à l'époque. Notre grand jeu est de deviner quand nous sera révélé le secret que l'on connait déjà.

Le jour du cadeau de l'AX, Vincent fait très sobre. Toute la famille est là, heureuse de lui faire ce cadeau gage de liberté. Vincent feint une surprise et une émotion légère. Il m'explique ensuite sentencieusement que son attitude est le respect minimum qu'il doit à tous au vu de l'effort financier global fait par la famille, et que je ferai mieux de m'en inspirer. Je suis saisi immédiatement d'une forte surprise et d'une forte émotion.

dimanche 17 janvier 1993

27- Le temps des matelas

Les mois passent. Les histoires du week-end continuent. Elles s'amplifient. Vincent est partout. Il est évidemment délégué de classe. Il trouve une caméra vidéo. On regarde des films de cours volés, des séances d'études qui n'en portent que le nom, ses copains viennent à la maison le temps d'un week-end, il y a des sorties ski, et aussi le réveillon qui est organisé à Revel avec ceux d'Albi. Son monde envahit de plus en plus le nôtre. Il est là et pas là. L'année d'après, il a son studio, juste en face de monsieur Lapérouse. Les histoires continuent à se multiplier, se démultiplier, avec la bibliothèque vandalisée au lycée, les blagues de potache. Une fin de week-end avant de repartir, il me dit: tu sais, j'ai dormi cette année plus de nuits à Albi que chez nous. Je suis triste de réaliser ce que je sais. Le temps est passé.