lundi 18 janvier 1993

Le moteur de la liberté

Juillet 1992, à Cuq-Toulza



Vincent vient d'avoir le bac C, mention AX (mention "ric-rac").
Mon Brevet des Collèges est salué par un VTT tout neuf. 

Maman nous le répète depuis 5 ans. On n'aura pas de mobylette pour nos 16 ans. C'est trop dur pour ses nerfs de maman. Le cadeau, c'est la voiture pour les 18 ans.

Mami s'était empressée de montrer à Vincent le véhicule caché dans la cave de Cadix depuis le mois de mai. Sa générosité lui a toujours empêché de garder un secret plus de 48 heures, ce qui nous fait beaucoup rigoler à l'époque. Notre grand jeu est de deviner quand nous sera révélé le secret que l'on connait déjà.

Le jour du cadeau de l'AX, Vincent fait très sobre. Toute la famille est là, heureuse de lui faire ce cadeau gage de liberté. Vincent feint une surprise et une émotion légère. Il m'explique ensuite sentencieusement que son attitude est le respect minimum qu'il doit à tous au vu de l'effort financier global fait par la famille, et que je ferai mieux de m'en inspirer. Je suis saisi immédiatement d'une forte surprise et d'une forte émotion.

dimanche 17 janvier 1993

27- Le temps des matelas

Les mois passent. Les histoires du week-end continuent. Elles s'amplifient. Vincent est partout. Il est évidemment délégué de classe. Il trouve une caméra vidéo. On regarde des films de cours volés, des séances d'études qui n'en portent que le nom, ses copains viennent à la maison le temps d'un week-end, il y a des sorties ski, et aussi le réveillon qui est organisé à Revel avec ceux d'Albi. Son monde envahit de plus en plus le nôtre. Il est là et pas là. L'année d'après, il a son studio, juste en face de monsieur Lapérouse. Les histoires continuent à se multiplier, se démultiplier, avec la bibliothèque vandalisée au lycée, les blagues de potache. Une fin de week-end avant de repartir, il me dit: tu sais, j'ai dormi cette année plus de nuits à Albi que chez nous. Je suis triste de réaliser ce que je sais. Le temps est passé.