jeudi 28 novembre 2002

35- Quaternove

4 mois que je cherche du boulot. Je maudis ce 11 septembre. Vincent s'est installé dans son nouveau rôle de trader. Du très chic boulevard des Italiens, son bureau s'est déplacé dans la  non moins huppée rue Montmartre, juste à deux pas du palais Brogniard qui vient de fermer. Il m'a invité 2 ou 3 fois à partager un repas le midi avec lui. Il fréquente les snacks les plus chics, c'est très loin de mon quotidien d'étudiant. Une nuée de financiers, de brokers et autres loustics l'entourent. Il porte le costume, la chemise soyeuse à boutons de manchette, la cravate au nœud double telle qu'enseigné par papi, il a le verbe haut, le sens de la camaraderie, et le côté chef de meute que je lui connais. J'adore le regarder faire, c'est mon Vincent comme lorsqu'il était à Albi, ou lors des soirées de la Dreuillette. C'est le Vincent au tempérament de feu, à l'humour qui entraîne, et à la générosité débordante. Quelques changements cependant: une cravate en plus et l'accent en moins. Il me fait visiter son bureau, le Desk. J'entre en short et t-shirt dans l'antre de la finance parisienne. Je ne suis pas trop à l'aise, Vincent se marre. C'est l'heure du déjeuner, il m'invite dans un bar à vin tendance, branché, déco. On vient de me proposer un contrat de travail, enfin. Je m'empresse de lui raconter. Il n'est pas convaincu. Il me conseille de ne pas signer. Je suis très surpris, mais je vais suivre son avis. De nouvelles semaines de galère s'enchaînent. J'adore mon frère pour cette capacité à se tromper avec beaucoup d'assurance.

jeudi 22 août 2002

34- Compacte premium

Je n'ai pas de plus grande fierté que la voiture de mes 18 ans. Mes parents m'ont offert une Talbot. La Talbot Samba Sympa, modèle 1982, avec une bande jaune tout autour du véhicule. Cette voiture respire la nostalgie, avec quelques couleurs vives un peu défraîchies. J'adore le charme suranné de cette voiture dédiée aux balades douces, aux reprises lentes. La firme au T cerclé a repris le châssis de la Peugeot 104, la première voiture de mes parents dont je me souviens. J'ai la nostalgie de cette première voiture, la 104 de Mazamet, blanche, la bagnole du prolot, qui était accompagnée par la sympathique mais spartiate Coccinelle, autre voiture du peuple. Vincent travaille depuis 1 an. Il s'achète une voiture. Ce sera une Audi A3 Sportback, dynamique et nerveuse. Nouvelle rupture avec l'inconscient familial. Mais cette voiture va servir de beaux moments dans ma vie. Vincent me la prête à tour de bras. J'ai l'angoisse de tenir le volant de ce cheval fou. Mais le plaisir est immédiat. La pédale d'accélérateur n'a pas le même répondant que dans mes voitures à moi, la réserve de puissance est là, en stock, prête à servir, bienveillante. Les parents de Rosa viennent cet été 2002 en France. Vincent me pousse, mais prend la voiture, fais le tour de France, enchaîne les kilomètres. Nous voilà partis sur les routes. Paris, Bléré, Cognac, Revel, Montpellier, Lons-le-Saunier, Dijon, Chablis, Sceaux. Génial.