mercredi 6 mai 1987

6- Doux Jésus

Mon frère gagne en force durant toutes ses années de collège. S'il s'est brièvement battu en sixième, il était encore peu emplumé. Mais il monte en puissance, et maintient l'effort. En club de foot, il partira victorieux jusqu'à Turin, pour y être élu meilleur goal du tournoi. En cours de sport, il fait parti des meilleurs. Et cette force physique se lie avec sa force de caractère. Par exemple, ces années-là, il développe une aversion aiguë contre l'église. Bien évidemment sa mère l'envoie de force étudier le catéchisme. Pour qu'il choisisse en toute connaissance de cause sa voie. Mais sa voie est choisie bien avant de commencer! D'interminables discussions éclatent sur le sujet, il est désespéré par cette obligation. Son prosélytisme vers moi pour réduire en bouillie toute croyance religieuse, face à la Grande Science, est infini. Evidemment, je bois ses paroles. Je suis convaincu, c'est mon grand frère, il a raison. M'enfin maman!

jeudi 10 octobre 1985

La pierre de trop

Juillet 1986, à Revel



Je ne résiste pas au plaisir de la photo scandaleuse, qui me vaudra quelques coups de poings dans les côtes après son tirage chez Sarda. La toute nouvelle maison de Revel, en 1985, est encore dans son jus. Le froid terrible fin 1985 fait exploser une vitre simple vitrage dans la salle à manger. Le vent est glacial. Il n'y a pas d'escalier intérieur. Le jardin est envahi de haies et bordures diverses, malgré le débroussaillage intensif de juillet. Enfin, il n'y a pas de terrasse pour manger dehors. Mais les travaux vont bon train, mes parents se donnent corps et âme à la rénovation du logis, Vincent le collégien du haut de ses 11 ans est aide de camp en 1ere ligne, et pour ma part, je suis pantouflard 1ere ligne, je ne fais rien, et reçois en plus l'approbation de mes parents jugeant mon âge insuffisant pour les travaux physiques (ou jugeant ma présence contre-productive). Bref, j'hérite d'un statut privilégié qui agasse mon frère au plus haut point, et encore plus quand vient l'heure des photos et que je tape sans gène l'incruste en falsifiant par l'image l'Histoire (en apposant une pierre dont nul n'a besoin, puisqu'on est alors en train de faire l'arase du muret)

mercredi 9 octobre 1985

5- Boucle d'oreille

Des premiers temps de Revel, je retiens l'héroïsme de Vincent bravant les forces installées localement. Passé le temps de la gloire et de la place au combien mérité comme goal dans l'équipe du vénérable Avérous, tout devait être refait. Nouvelle ville, nouveau club, et la place de titulaire gardien de but de l'équipe des pupilles de Revel était une citadelle à prendre. Et dans la citadelle, il y avait Pierre. Un petit blanc, pas comme à Mazamet, grande gueule, petit gabarit, un peu voyou, bagarreur, cancre à l'école, et surtout summum de la rebelle attitude qui pouvait se faire en 1985, il portait une boucle d'oreille! Un voyou. Septembre passe. Vincent gagne les premières batailles, et est sélectionné le samedi comme titulaire en match officiel. Preuve sur le morceau de papier affiché dès le jeudi sur la devanture du café Glacier sur le tour de ville de Revel. A la vue de tous, c'est l'ego de Pierre-le-Rebelle qui est ébranlé. Rapidement une bataille s'organise. Vincent est interpellé devant le stade par Pierre et sa bande. Bousculade, crachats. Paf, Vincent décoche un coup de poing, et saute sur son vélo pour rentrer illico à la maison. Le territoire est marqué. Vincent rapporte à sa maman ses aventures. Le soir même, au cours du dîner, mon père transforme cet épisode en moment de gloire familial. Lui-même très attaché aux marques ostensibles de virilité, et n'ayant jamais hésité dans les histoires d'enfance racontées à défendre l'honneur par les poings, la valeur de ce coup sera rappelée régulièrement. Fiers, lors de dîners à la maison, cet épisode ne manquera jamais d'être raconté à nos hôtes, et cela dura jusqu'à l'obtention par mon frère de son baccalauréat.
Bien plus tard, le dit Escaffre, maçon de son métier, se fera un plaisir de snober la réalisation de la cheminée familiale.

samedi 4 mai 1985

4- Nouveau matricule


On vient de déménager de Mazamet vers Revel. C'est le seul déménagement de famille dont je me souvienne. Jean-Raymond avec une berline surpuissante était venu prêter main forte. Evidemment Vincent était monté dans cette voiture. C'était la vitesse, la nouveauté, et un gros brin de show-off. Tout mon frère. J'étais épouvanté par cette voiture, elle n'avait rien à voir avec ma vie, elle plaisait au plus haut point à Vincent. Pour ma part je monte avec ma mère dans notre 305. On part les derniers. Arrivé à mi-chemin, à Soual, une heure après le départ des Fast Furious, coup de klaxon! Les voilà qu'ils nous dépassent! Quoi comment est-ce possible, mais qu'est-ce qu'ils font là? Mais ils sont fous, ils ont les clefs de la nouvelle maison, et doivent ouvrir à tout le monde. Pas le temps de savoir, le klaxon retentit dans un drôle d'effet Larsen sous le coup d'une tonitruante accélération de la berline, en pleine ville bien sûr. On reste hébété, on tourne la tête. Mince il y a les gendarmes sur le bas côté. Mais étonnament ils saluent amicalement de la main la voiture de Jean-Raymond qui passe à pleine vitesse devant eux. On apprendra le soir qu'ils avaient perdu la plaque d'immatriculation. Les gendarmes les avaient sommés de la retrouver et de la refixer. Evidemment moult discussions entre hommes sur la cylindrée de la bête. Il leur fallait retrouver la fameuse plaque en WW, signe distinctif de la nouveauté immaculée du bolide. Et ils le firent. Simple de demi-tour, oeil de lynx pour repérer la plaque sur le bas-côté, fixation à la volée, et redémarrage efficace. Bien sûr en repassant, un signe de main suffit à rassurer la maréchaussée de l'époque. L'histoire fut, comme il se doit, racontée et reracontée à longueur de soirée, scindée par quelques anecdotes sur des blanchiments héroïques de prunes.

jeudi 3 mai 1984

Les footballeurs du club des 5 voisins


Décembre 1982, à Mazamet



Ces années 1980 sont cadencées par la folie football. L'appartement des Hortala est le lieu incontournable des soirs de matchs des Girondins de Bordeaux, avec Giresse. En effet, ils ont la télé couleur, les Hortala. J'adorais ces veillés interdites (car le lendemain il y avait école), par exemple ce soir du jeudi 25 avril 1985 où la passion de nos papas nous avait autorisés à un coucher tardif, à la fin du match et du debriefing du match (tout aussi long que le match lui-même)!

mercredi 2 mai 1984

3- La balle en mousse

Mais en vérité, avec Vincent, je me sens toujours en sécurité. Je n'ai qu'à le suivre. On est en hiver 1983. On habite encore Mazamet, à l'école du Gravas. Il est 14h, un samedi. Vincent décide qu'il est temps d'aller jouer avec nos voisins du rez-de-chaussée. Je suis d'accord. Je le laisse régler les détails administratifs. Négocier ce départ de jeu avec notre maman. Les négociations aboutissent. Evidemment j'acquiesce les dernières recommandations. Elle s'adresse à lui d'ailleurs, tu veilleras sur ton petit frère. Allez nous voila parti pour de nouvelles aventures avec Stephan et Marylise, nos voisins du rez-de-chaussée. Plusieurs jeux. Le temps passe. Il est 16h. Vincent décide qu'il est l'heure de regarder les dessins animés de Recré A2. J'aimerai bien les voir encore chez les voisins, car eux ont la télé en couleurs. Heureusement je sais qu'il a la même intention. Il part en première ligne demander à Stephan si on peut rester regarder les dessins animés chez eux. Je fais juste oui de la tête pour dire moi aussi. On a le goûter inclus avec la séance Récré A2. C'est Tom Sawyer. Apparemment il a peur de l'épisode. Je suis donc terrorisé par Joe l'Indien. Ouf c'est fini, j'ai rien compris, mais l'enchaînement est prévu, séance de foot indoor. Car aujourd'hui il pleut. C'est février, il fait déjà nuit dehors. On investit le large couloir à l'entrée de l'immeuble. La porte d'entrée, c'est les buts de Stephan et Marylise, la porte qui donne sur la cour de récréation, c'est nos buts avec Vincent. Oui les 2 grands ont géré la constitution des équipes. Apparemment Vincent a perdu, il n'est pas très ravi d'être avec moi le plus petit, moi je suis enchanté. Il m'explique ce qu'on a décidé. Lui il est avant-centre, et moi je m'occupe de la défense. D'ailleurs le gardien dans la règle d'aujourd'hui n'a pas trop le droit de sortir de l'en-but, alors il faut que je lui fasse la passe au plus vite. Moi je trouve ça normal. Lui il est devant moi, il essuie les attaques. C'est parti. Le problème c'est qu'on ne retrouve plus notre balle en mousse. Les grands trouvent la solution, on joue avec une balle de tennis. J'angoisse, je sais que les parents nous l'ont déjà strictement interdit. On me demande de gérer mes remarques en silence. Mais une mesure de gestion de risques est prise, on joue en chaussettes. Cela évitera de donner trop de vitesse à la balle de tennis. J'aime pas trop cette décision, je sais que les grands en profitent pour écrabouiller les pieds. Bref, le jeu commence. En dix minutes, tout le monde est en sueur. Le score est serré. En haut, chez nous, ma mère commence à appeler pour aller à table. La pression monte. L'engagement est de plus en plus rugueux. Mes passes vers Vincent sont plus que systématiques. Attention grand combat à l'avant entre les grands. Ca tacle, ça glisse, ça crie, contre-réaction immédiate des 2 cuisines, les 2 mamans lancent des Chut tonitruants, qui se voient répondre par un grand éclat de verre. La balle de tennis vient de fracasser la grande vitre de la porte d'entrée. On reprend l'avantage avec Vincent par 4 à 3. Mais on ne prend pas le temps de se réjouir. Vite la balle fautive est planquée. On fonce tous dans la chambre de Stephan et on démarre diverses activités de lecture l'air de rien. Les adultes arrivent. Exclamations, stupeur, énervement, lamentations, tout s'accélère. Je me cache derrière Vincent, il répond à toutes les questions. Le sujet se tasse. Ca y est, on peut regagner notre appartement à l'étage. Pas de punition. En remontant, je lui demande si c'est bien nous deux qui ont gagné avec nos 4 buts ou si le dernier but est refusé. On a évidemment gagné. Il me félicite pour mon match.

dimanche 5 septembre 1982

Les goûters de Mazamet


Octobre 1981, à Mazamet


Les douces années de Mazamet avec la bande de fils d'instit de l'école du Gravas. Dans les appartements de fonction, nous sommes avec Vincent au 1er étage. Au rez-de-chaussée, on retrouve les Hortala, avec Marylise et Stephan, le géant, qui a au moins 10 ans de plus que moi. Le cinquième de la bande c'est Stéphane, l'appartement de sa maman est de l'autre côté de la cour, chez les maternelles.
Les mercredis après-midi sont cadencés par la séance de goûter: quelques bouteilles de sirop Teisseire et des tartines de Nutella. Croissance garantie.