Ce soir Vincent a 30 ans. C'est mercredi. Je bosse depuis 1
an, et ce mercredi là ne fait pas exception. Mes parents sont avec lui, dans le
tout nouvel appartement de la rue Saint Denis. Il y a deux ans, c'était un vrai
chantier. Impossible d'imaginer le loft que c'est devenu aujourd'hui. C'est un
nid des plus agréables, du parquet au sol, de l'inox dans la cuisine ouverte,
de belles lumières, le tableau du mariage au mur, la cuisine recherchée de
Vincent, et toujours une belle bouteille qui est ouverte. C'est un vrai plaisir
de passer une soirée chez lui. Ce soir, c'est les 30 ans. Toute la famille
resserrée est là. 30 ans. J'en suis surpris tout l'après-midi. Hier, je me suis
décidé à lui acheter un iPod. iPod version 1.0. C'est mon secret, je ne l'ai
dit à personne. C'est un tout nouveau joujou, il est sorti à Noël, c'est hors
de prix, ça vient des Etats-unis. Juste le cadeau qu'il lui faut, qui lui
ressemble. J'arrive très en retard. Je bosse tard, je viens de l'autre côté de
la banlieue, je suis crevé et ému du moment. J'ai envie de lui dire mille
choses, de faire un discours prodigieux, mais je ne trouve aucun mot. Plus
rien. Juste un iPod pour tout dire et rien dire. Quelques jours plus tard, il
fête de nouveau son anniversaire, avec tous ces amis. Des flots de gens
envahissent l'appartement où nous étions juste 6 quelques jours plus tôt. Il
fait doux. Les fenêtres sont ouvertes, on est pourtant en février. La soirée se
poursuit dans un restaurant branchouille parisien, pas très loin. On s'y rend à
pied. Vincent est assis loin de moi, il se marre, il est entouré tant et plus,
il est bien dans ce monde que je ne partage plus avec lui. Je me rends compte
de tout ce temps qui est passé, et j'en suis triste à sa place. Le dessert
arrive, maman dégaine son cadeau. Ca démarre avec une photo géante de lui du
haut de ses 16 ans, devant le micro de la Maison Blanche, dans la press
briefing room de Washington. C'est le temps de mon enfance, avec l'histoire de
Vincent qui vient de monter dans la Limousine, puis qui va raconter ce choc
culturel sympathique dans Que le Meilleur Gagne, que l'on regardait ensemble
dans ce temps-là. Tous ces gens ne le connaissent pas comme je le connais. Je
sombre.
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