Mes parents sont à la retraite tous les deux. Vincent me
propose plusieurs cadeaux au choix: un voyage en Scandinavie, un voyage en
Indonésie, ou un voyage aux Etats-Unis. L'idée est de partir en mode famille
élargie. A 10 au moins. Je préfère opter pour une peinture, mais ma feinte ne
tient pas face à sa détermination. Cette fois, il va falloir faire chauffer les
passeports. Il prend tout en charge. La présentation de la révélation, les
étapes du voyage, les billets d'avion, les locations d'appartement, l'agenda
quotidien, même les courses en ligne pour le jour de l'arrivée. Il a évidemment
choisi son pays favori. On part 3 semaines en juillet 2009 pour New York puis
San Francisco, avec une semaine intercalée en Recreational Vehicle. Ce fut un
voyage génial, pour tout le monde, avec mille anecdotes différentes. Je reste
marqué par sa capacité d'organisation, hérité du temps du bal du lycée. Le chef
de meute est en alerte. La veille, tout est en place dans une pochette de
voyage, avec une fiche par jour, tous les numéros, les contacts, les plans de
back-up, ... L'excitation à Roissy est déjà palpable, les enfants sont de
véritables piles, mais leurs aînés, moi le premier, sont encore plus fébriles,
c'est amusant. Vincent portera tout de bout en bout, sans relâche, apportant en
plus sa bonne humeur et son sens de l'animation. Les appartements qu'il a
loués, notamment celui de San Francisco, me rappelle l'épisode de la Maison des
Chevaliers. Tout est d'un luxe délicieux. Légèrement débordant, mais si
délicieux. Vincent et Christelle nous font découvrir une partie de leur monde,
celui des étés 1994 et 1995, mais aussi celui qui porte leurs rêves futurs.
L'énergie déborde. Les enfants inventent le da-da-da, le comptoir d'US Airways
tremble devant les lourdes chaussures de papa, la langue de Molière connaît des
approximations chez El Monte, les restaurants de Sedona sont multiples,
l'hélicoptère survole le grand canyon, 80 dollars sont immédiatement gagnés au
Mandalay Bay, les Perez perdent leur emplacement à Monterey, Dublin n'est pas
que la capitale de l'Irlande, Lafayette est un général matinal, et la Napa
Valley nous offre un dernier verre, avant le retour.
jeudi 23 juillet 2009
samedi 8 juillet 2006
Un trader à vélo
Juillet 2005, à Château-Thierry
Voisin n'en
revient pas. Le trublion sportif et phraseur est un trader à l'énergie
indomptable. La finance va se remettre à tourner rond, c'est sûr. Mais l'avenir
du monde ne soutient pas l'envie de relancer l'aventure, de boucler le tour de
France. L'envie surtout de se défier un cran plus loin, de réussir à traverser
le passage piéton sans rouvrir les yeux.
vendredi 7 juillet 2006
39- Du mollet et du beaufort
Les rendez-vous sportifs s'enchaînent. Cette fois, c'est
avec papa qu'il s'est mis à organiser le Tour de France en vélo de tourisme.
700 à 800 kms à parcourir en vélo en 1 semaine. La première année, cela les a
entraînés de Revel à Novalaise. L'année suivante, le départ était donc à
Novalaise. Je rejoins la folle équipe pour la 4eme étape en cet été 2006. Il
s'agit cette fois de partir de la Bretagne, et de revenir à Revel. Vincent a un
don pour l'organisation. Il a tout prévu. Tous les gîtes de toutes les étapes
sont réservés. Les parcours définis par papa sont imprimés et rangés
soigneusement dans une pochette dédiée. Je n'ai qu'à me laisser porter par la
troupe. Nous sommes 5 cette année-là. L'ambiance est des plus sympas sur les
petites routes de France. Le rythme est tranquille. Le plaisir, c'est l'arrivée
dans les tables d'hôtes le soir. On prend plaisir à mener grand train. Un
matin, on a dormi dans un petit château à côté d'Agen. Les propriétaires de
gîtes ont toujours plaisir ou fierté à expliquer leur production locale de
confiture. Au petit déjeuner ce jour-là arrive une énorme part de Beaufort. On
doit repartir dans les 10 minutes. Le défi est remporté. On est content de
nous, et on repart sur nos bolides à pédales en chantant à tue-tête. Le soir,
on arrive dans le Tarn-et-Garonne, et on loge dans la Maison des Chevaliers,
belle bâtisse 4 étoiles. Les choix de
gîtes très select de la part de Vincent pour cette sortie vélo me font sourire.
Je profite de l'instant et du décalage. Le temps est suspendu.
dimanche 22 février 2004
Mister the president
Juillet 1995, à Washington DC
Bill Clinton
prête sa salle de presse à un ambitieux jeune Frenchie impatient de franchir
toutes les barrières de l'impossible. La Limousine, le centre du monde, les
frigos géants, la démesure au Camden Yards, l'Amérique offre alors toutes les
promesses.
samedi 21 février 2004
38- James Brady
Ce soir Vincent a 30 ans. C'est mercredi. Je bosse depuis 1
an, et ce mercredi là ne fait pas exception. Mes parents sont avec lui, dans le
tout nouvel appartement de la rue Saint Denis. Il y a deux ans, c'était un vrai
chantier. Impossible d'imaginer le loft que c'est devenu aujourd'hui. C'est un
nid des plus agréables, du parquet au sol, de l'inox dans la cuisine ouverte,
de belles lumières, le tableau du mariage au mur, la cuisine recherchée de
Vincent, et toujours une belle bouteille qui est ouverte. C'est un vrai plaisir
de passer une soirée chez lui. Ce soir, c'est les 30 ans. Toute la famille
resserrée est là. 30 ans. J'en suis surpris tout l'après-midi. Hier, je me suis
décidé à lui acheter un iPod. iPod version 1.0. C'est mon secret, je ne l'ai
dit à personne. C'est un tout nouveau joujou, il est sorti à Noël, c'est hors
de prix, ça vient des Etats-unis. Juste le cadeau qu'il lui faut, qui lui
ressemble. J'arrive très en retard. Je bosse tard, je viens de l'autre côté de
la banlieue, je suis crevé et ému du moment. J'ai envie de lui dire mille
choses, de faire un discours prodigieux, mais je ne trouve aucun mot. Plus
rien. Juste un iPod pour tout dire et rien dire. Quelques jours plus tard, il
fête de nouveau son anniversaire, avec tous ces amis. Des flots de gens
envahissent l'appartement où nous étions juste 6 quelques jours plus tôt. Il
fait doux. Les fenêtres sont ouvertes, on est pourtant en février. La soirée se
poursuit dans un restaurant branchouille parisien, pas très loin. On s'y rend à
pied. Vincent est assis loin de moi, il se marre, il est entouré tant et plus,
il est bien dans ce monde que je ne partage plus avec lui. Je me rends compte
de tout ce temps qui est passé, et j'en suis triste à sa place. Le dessert
arrive, maman dégaine son cadeau. Ca démarre avec une photo géante de lui du
haut de ses 16 ans, devant le micro de la Maison Blanche, dans la press
briefing room de Washington. C'est le temps de mon enfance, avec l'histoire de
Vincent qui vient de monter dans la Limousine, puis qui va raconter ce choc
culturel sympathique dans Que le Meilleur Gagne, que l'on regardait ensemble
dans ce temps-là. Tous ces gens ne le connaissent pas comme je le connais. Je
sombre.
dimanche 20 juillet 2003
37- Pour la vie
Vincent multiplie les voyages. L'envie d'ailleurs est
intarissable. Le projet est partagé avec Christelle. Eté 1994, ils commencent
doucement avec l'Italie. L'année suivante, je n'en reviens pas, ils partent à
Bali, si loin. Ce n'est que le début. Canada, Norvège, Venezuela, les
destinations s'enchaînent. Mais c'est au Maroc que Vincent a le déclic. On est
en 2003. Je l'imagine le soir tombant, en bord de mer, coiffé d'un fez ottoman.
Il se met à genou. Demande en mariage. Christelle dit oui. Retour au pays, à la
tradition, à la culture et aux codes français. Mairie, église, réception. Robe
blanche, voiture d'époque noire. Mabou propose la traction, qui retraverse
alors héroïquement la France pour
célébrer l'union de Vincent et Christelle. Je suis dans la voiture de papa et
maman. On se rend à la mairie. Tout le monde est étrangement tendu dans la
voiture. Papa fait une fixation sur la longueur de ses bras de chemise. Je ris
du détail. Mais mon bonheur du moment, tu me l'as offert en me demandant d'être
ton témoin à la mairie. Je me trouve ridicule d'attacher cette importance à ce
sujet. Je suis au mieux apathique à l'idée du mariage, tu m'avais convaincu de
ce point quelques années auparavant. Lorsque j'ai appris ton mariage à venir,
je n'ai pas osé te demander d'être témoin, par cohérence intellectuelle. Mais
lorsque tu me l'as demandé, j'ai été inondé par une vague de soulagement, de
joie, de tranquillité. Le moment approche. Je profite de toute mon incohérence,
mais j'ai un grand sourire en moi, je suis bien, et heureux de notre proximité.
dimanche 9 mars 2003
36- Paris Country Club
Vincent s'est mis au jogging. Nouvelle lubie. Et comme
toujours sur chaque sujet qu'il entreprend, il y met de l'engagement. Il a pas
mal grossi ces derniers temps. Mais il dégage une force physique incroyable.
Moi, je reste toujours aussi chétif. En plus, cela commence à faire pas mal de
temps que je ne fais plus de sport. Heureusement, ces dernières années, Vincent
m'a régulièrement invité à des rendez-vous sportifs: un match de foot du dimanche
par-ci, une partie de squash par-là, ou une séance de tennis dans un centre
huppé. Mais cette fois, c'est carrément pour faire le semi-marathon de Paris
qu'il m'interpelle. Je n'en reviens pas, mais j'accepte de participer avec lui.
Je pars m'acheter des tennis, je n'ai même plus de chaussures de sport à cette
époque-là. Je choisis les moins chères au centre commercial, elles n'ont même
pas de lacet, ça me posera problème pour le compteur de passage de la course
qu'il fallait fixer à sa chaussure. Pas de chance pour moi. Nous voila sur la
ligne de départ de la course. C'est une bousculade incroyable. Je ne suis pas
pressé de courir, moi. Vincent m'explique le système des ballons, qui portent
des temps de référence. Il est à fond. C'est parti. On fait 5 kms ensemble.
J'atteins déjà mes limites. Je m'accroche. Il y a heureusement des quartiers
d'orange qui sont distribués. Je m'arrêterai presque pour un petit déjeuner.
Mais Vincent enchaîne. On arrive au 10 kms, je commence à voir des étoiles. Je
n'en peux plus. Il me souffle qu'il doit accélérer, qu'il m'attend à l'arrivée,
et autre chose que je n'ai pas le temps d'entendre. Evidemment, j'aurai dû me
douter que sans entraînement depuis 10 ans, je n'allais pas briller. Pourtant
j'y croyais. Je suis à la dérive. Des flots de gens me doublent. Tout d'un
coup, c'est une fille avec une tenue qui représente le drapeau vénézuélien qui
me passe devant. Je m'accroche pour que la France remporte la partie.
Impossible. Et je n'en suis qu'au quinzième kms. Les derniers mètres sont un
enfer. Je ne pourrai pas monter les escaliers, ni le lendemain, ni le
surlendemain. Je retrouve Vincent à la ligne d'arrivée tout reposé. Il est
enchanté de l'expérience. Il m'a acheté une bouteille d'eau, et a récupéré les
photos du finish. Il veut déjà s'inscrire pour l'an prochain.
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