jeudi 19 avril 1990

17- Tim

Les années 1980, c'est la fascination sans borne pour les Etats-Unis. Il y a la fascination générale, et la fascination particulière de Vincent. Les années fric, les années des Golden Boys. Tout est possible. L'URSS est déjà un géant aux pieds d'argile, en tout cas un géant inaudible. Mais les USA, attention. La télé nous inonde de séries US, Colombo, Mac Gyver, l'Agence tous risques, la musique est portée par les artistes américains, Michael Jackson, Tina Turner, Whitney Houston. Le cinéma, c'est Harrison Ford, Tom Cruise, Sigourney Weaver, et enfin le sport avec Carl Lewis, Florence Griffith, Jimmy Connors, et les Jeux Olympiques, c'est l'autoroute de la victoire américaine. Au collège, au lycée, la priorité c'est l'anglais. L'Amérique est partout, partout dans nos médias. Mais si loin de notre quotidien. En mai 1990 arrive dans la classe de seconde de Vincent un jeune Texan pour 2 mois. Un vrai américain. Une star rien qu'à cause de son passeport. Il est scruté, regardé, étudié. Vincent devient son ami en 48 heures.

samedi 17 mars 1990

Les tontons font du ski alpin


Avril 1986,à Bourg-Saint-Maurice



Dès 1986, on prend l'habitude de partir au ski, dans les Alpes attention. Bourg Saint Maurice et l'appartement d'Yvette et Maurice est notre point de chute. Nous dormons avec Vincent dans l'ancienne chambre de 2 moniteurs de ski chevronnés, face à des unes du Petit Journal, supplément illustré, le 18 février 1912 et le 13 janvier 1895. Mais la neige des Arcs1800 n'est pas compatible à ma technique du chasse-neige. De son côté, Vincent est très à l'aise.

vendredi 16 mars 1990

16- Chamois d'or

Chaque année, en février, on part aux Arcs 1800. Il y a les Arcs 1600, il n'y a jamais de neige là, les Arcs 1800, mes préférés, et les Arcs 2000, projet en construction. Mais ça sonne bling-bling les Arcs 2000, c'est pour les plus privilégiés, je ne joue pas dans ce monde là, moi. On loge en bas, à Bourg Saint-Maurice, chez l'oncle et la tante. Tous les matins, il faut prendre la Ford Sierra dont le moteur chauffe et qui ne supporte déjà plus les pentes, pour se rendre aux Arcs 1800. Sauf une année, la dernière année où on est allé tous les 4 ensemble au ski. Mes parents avaient loué avec Gérard et Michèle un appartement aux Arcs 1800 directement. La classe. Dans la même résidence que René en plus. René, c'est le cousin de mon père, c'est le chef des moniteurs de ski, il est beau, toujours bronzé, il vient d'acheter un restaurant dans la vallée, et il a un super appartement avec une console de jeux! Génial, il a PacMan, mais je n'ose même pas lui demander d'y jouer. Vincent a apparemment moins de névroses à gérer, il tient déjà la manette. Cette année-là je rate ma troisième étoile. Je bloque sur le chasse-neige. C'est mon niveau technique maximum. Vincent passe les vacances à se marrer de ma position "assise" en ski. Lui, il est parti au niveau compétition. Il est trop fort. Il dévale une piste avec des portes, comme aux Jeux Olympiques.

jeudi 25 janvier 1990

15- J'ai troqué mes santiags

Depuis l'époque de Mazamet, je déteste les jeans. C'est Vincent qui m'avait soufflé que c'était nul. Mon père qui ne manque jamais une occasion de repousser la sous-culture impérialiste nord-américaine nous a soutenus dans la lutte du denim. Une seule fois à cette époque j'ai dû porter contraint une chemise blanche, un jean, et un nœud papillon. C'était pour la chorale de fin d'année organisée par l'école. Vincent était costumé à l'identique. Mon look favori, celui de mes 6 ans, celui de Michel Platini: les tennis, le short bleu, la flanelle blanche à manche courte. Au collège est arrivée quantité de modes, de styles, de tendances auxquelles je suis resté résolument hermétique. Evidemment, avec ces choix, ce que j'ai aimé au collège, c'était les jours où il y avait sport. Je n'oubliais jamais mes affaires! La séance commençait toujours par le tour de la Rigole. Il fallait partir du vestiaire en courant, faire un bon kilomètre, un pont nous attendait pour traverser, et revenir sur l'autre berge vers le vestiaire, situé à côté d'un second pont. Le grand jeu des paresseux dans la classe, c'était d'éviter coûte que coûte cet entraînement. Plus on est grand, plus on est paresseux, et plus on se croit astucieux. Ce fut le cas de Vincent, qui avait repéré après le deuxième virage, hors de portée de la vue perçante du professeur de sport, un passage plus étroit de la Rigole. Sauter permettait d'assurer une économie de presque 1km de course, la moitié du trajet, soit 712 pas selon son décompte. Vincent saute. Ultime hésitation lors de la course d'élan. Atterrissage en douceur dans  la vase. Jusqu'à la taille. Retour en catimini vers les vestiaires, son copain Hubert lui prête ses fringues, et voila Vincent allant expliquer au prof de gymnastique qu'il avait oublié ses affaires de sport. Un hic. Hubert mesure 20 bons centimètres de plus que lui. Et il porte des santiags. Trois pointures trop grandes pour Vincent. L'excuse de l'oubli des affaires est vacillante. Arrazo le renvoie illico à la maison, et le voila reparti en vélo pour prendre une douche, se changer, revenir au cours de sport, et faire 2 tours de Rigole. Laisse béton.

mardi 10 octobre 1989

Réponses en bas de page à l'envers


Février 1992, à Revel

Les douces minutes en attendant que 7 heure arrive.
Pour prolonger le plaisir, il faut faire croire aux parents qu'une dernière révision matinale est en cours. Mais les yeux trahissent souvent l'intention réelle.
Mais le vrai rêve, il est dans Salvador le Dollar. C'est le temps du In Dollar We Trust, époque qui durera de 1990 à... 2014!

lundi 9 octobre 1989

14- Plein pot

Vincent est un ado. Je suis un petit. C'est trop dur de se lever tous les matins à 6h30. Seule ma mère est debout. Mon père se lève à 7h30, on part juste pour l'école à ce moment là. La contrainte est de plus en plus forte pour mon frère. 6h35, 6h45, ... Le lait est chaud à 6h30, et c'est 3 cuillerées de Nesquik. Vincent conteste. Il demande de changer de marque de chocolat. Tout ça parce que Monsieur a vu une pub à la télé. On croit rêver chez les Sudre. Scandale, 2 ans de réglage millimétré, on ne va pas changer comme ça. Et surtout pas pour une pub. Alors là, ma mère est piquée au vif. On va voir ce qu'on va voir. Et bien, c'est  décidé, on achète le grand pot de Benco. Vincent goûte. Ca ne change pas le goût du quotidien. Mais c'est la grande leçon de vie. Il devra finir son pot de Benco, coûte que coûte. Il se lève de plus en plus tard. Je suis fier de ma mère.
Ok pour 6h30 mais à 6h40 après les 3 cuillerées de Nesquik on remonte se coucher. J'adore cette astuce instaurée par Vincent. Les plus belles minutes de la journée s'égrènent de 6h40 à 7h00. Ce sont des minutes délicieuses, interminables, et chocolatées. Attention, maman arrive. Il faut se lever. Vincent prétexte dans sa chambre verte qu'il étudie encore. Mais son stratagème est déjoué. Le livre qu'il tient, il vient de le saisir précipitamment, et il est à l'envers. Pas de chance.

dimanche 27 août 1989

Des cousins et des planches


Août 1987, à Lézardrieux



La soirée théâtre de fin de séjour est l'apothéose d'heures de discussion entre enfants pour élaborer les sketchs les plus drôles. Surtout les heures imposées de balades pédestres dans les zones désertiques sélectionnées par les parents paraissent plus courtes. En fait, Vincent est notre metteur en scène et on passe les vacances à écouter et avaliser ses idées et ses choix. Mais on est tous très fier de notre créativité naissante.