vendredi 7 juillet 2006

39- Du mollet et du beaufort

Les rendez-vous sportifs s'enchaînent. Cette fois, c'est avec papa qu'il s'est mis à organiser le Tour de France en vélo de tourisme. 700 à 800 kms à parcourir en vélo en 1 semaine. La première année, cela les a entraînés de Revel à Novalaise. L'année suivante, le départ était donc à Novalaise. Je rejoins la folle équipe pour la 4eme étape en cet été 2006. Il s'agit cette fois de partir de la Bretagne, et de revenir à Revel. Vincent a un don pour l'organisation. Il a tout prévu. Tous les gîtes de toutes les étapes sont réservés. Les parcours définis par papa sont imprimés et rangés soigneusement dans une pochette dédiée. Je n'ai qu'à me laisser porter par la troupe. Nous sommes 5 cette année-là. L'ambiance est des plus sympas sur les petites routes de France. Le rythme est tranquille. Le plaisir, c'est l'arrivée dans les tables d'hôtes le soir. On prend plaisir à mener grand train. Un matin, on a dormi dans un petit château à côté d'Agen. Les propriétaires de gîtes ont toujours plaisir ou fierté à expliquer leur production locale de confiture. Au petit déjeuner ce jour-là arrive une énorme part de Beaufort. On doit repartir dans les 10 minutes. Le défi est remporté. On est content de nous, et on repart sur nos bolides à pédales en chantant à tue-tête. Le soir, on arrive dans le Tarn-et-Garonne, et on loge dans la Maison des Chevaliers, belle bâtisse 4  étoiles. Les choix de gîtes très select de la part de Vincent pour cette sortie vélo me font sourire. Je profite de l'instant et du décalage. Le temps est suspendu.

dimanche 22 février 2004

Mister the president

Juillet 1995, à Washington DC




Bill Clinton prête sa salle de presse à un ambitieux jeune Frenchie impatient de franchir toutes les barrières de l'impossible. La Limousine, le centre du monde, les frigos géants, la démesure au Camden Yards, l'Amérique offre alors toutes les promesses.

samedi 21 février 2004

38- James Brady

Ce soir Vincent a 30 ans. C'est mercredi. Je bosse depuis 1 an, et ce mercredi là ne fait pas exception. Mes parents sont avec lui, dans le tout nouvel appartement de la rue Saint Denis. Il y a deux ans, c'était un vrai chantier. Impossible d'imaginer le loft que c'est devenu aujourd'hui. C'est un nid des plus agréables, du parquet au sol, de l'inox dans la cuisine ouverte, de belles lumières, le tableau du mariage au mur, la cuisine recherchée de Vincent, et toujours une belle bouteille qui est ouverte. C'est un vrai plaisir de passer une soirée chez lui. Ce soir, c'est les 30 ans. Toute la famille resserrée est là. 30 ans. J'en suis surpris tout l'après-midi. Hier, je me suis décidé à lui acheter un iPod. iPod version 1.0. C'est mon secret, je ne l'ai dit à personne. C'est un tout nouveau joujou, il est sorti à Noël, c'est hors de prix, ça vient des Etats-unis. Juste le cadeau qu'il lui faut, qui lui ressemble. J'arrive très en retard. Je bosse tard, je viens de l'autre côté de la banlieue, je suis crevé et ému du moment. J'ai envie de lui dire mille choses, de faire un discours prodigieux, mais je ne trouve aucun mot. Plus rien. Juste un iPod pour tout dire et rien dire. Quelques jours plus tard, il fête de nouveau son anniversaire, avec tous ces amis. Des flots de gens envahissent l'appartement où nous étions juste 6 quelques jours plus tôt. Il fait doux. Les fenêtres sont ouvertes, on est pourtant en février. La soirée se poursuit dans un restaurant branchouille parisien, pas très loin. On s'y rend à pied. Vincent est assis loin de moi, il se marre, il est entouré tant et plus, il est bien dans ce monde que je ne partage plus avec lui. Je me rends compte de tout ce temps qui est passé, et j'en suis triste à sa place. Le dessert arrive, maman dégaine son cadeau. Ca démarre avec une photo géante de lui du haut de ses 16 ans, devant le micro de la Maison Blanche, dans la press briefing room de Washington. C'est le temps de mon enfance, avec l'histoire de Vincent qui vient de monter dans la Limousine, puis qui va raconter ce choc culturel sympathique dans Que le Meilleur Gagne, que l'on regardait ensemble dans ce temps-là. Tous ces gens ne le connaissent pas comme je le connais. Je sombre.

dimanche 20 juillet 2003

37- Pour la vie

Vincent multiplie les voyages. L'envie d'ailleurs est intarissable. Le projet est partagé avec Christelle. Eté 1994, ils commencent doucement avec l'Italie. L'année suivante, je n'en reviens pas, ils partent à Bali, si loin. Ce n'est que le début. Canada, Norvège, Venezuela, les destinations s'enchaînent. Mais c'est au Maroc que Vincent a le déclic. On est en 2003. Je l'imagine le soir tombant, en bord de mer, coiffé d'un fez ottoman. Il se met à genou. Demande en mariage. Christelle dit oui. Retour au pays, à la tradition, à la culture et aux codes français. Mairie, église, réception. Robe blanche, voiture d'époque noire. Mabou propose la traction, qui retraverse alors héroïquement  la France pour célébrer l'union de Vincent et Christelle. Je suis dans la voiture de papa et maman. On se rend à la mairie. Tout le monde est étrangement tendu dans la voiture. Papa fait une fixation sur la longueur de ses bras de chemise. Je ris du détail. Mais mon bonheur du moment, tu me l'as offert en me demandant d'être ton témoin à la mairie. Je me trouve ridicule d'attacher cette importance à ce sujet. Je suis au mieux apathique à l'idée du mariage, tu m'avais convaincu de ce point quelques années auparavant. Lorsque j'ai appris ton mariage à venir, je n'ai pas osé te demander d'être témoin, par cohérence intellectuelle. Mais lorsque tu me l'as demandé, j'ai été inondé par une vague de soulagement, de joie, de tranquillité. Le moment approche. Je profite de toute mon incohérence, mais j'ai un grand sourire en moi, je suis bien, et heureux de notre proximité.

dimanche 9 mars 2003

36- Paris Country Club

Vincent s'est mis au jogging. Nouvelle lubie. Et comme toujours sur chaque sujet qu'il entreprend, il y met de l'engagement. Il a pas mal grossi ces derniers temps. Mais il dégage une force physique incroyable. Moi, je reste toujours aussi chétif. En plus, cela commence à faire pas mal de temps que je ne fais plus de sport. Heureusement, ces dernières années, Vincent m'a régulièrement invité à des rendez-vous sportifs: un match de foot du dimanche par-ci, une partie de squash par-là, ou une séance de tennis dans un centre huppé. Mais cette fois, c'est carrément pour faire le semi-marathon de Paris qu'il m'interpelle. Je n'en reviens pas, mais j'accepte de participer avec lui. Je pars m'acheter des tennis, je n'ai même plus de chaussures de sport à cette époque-là. Je choisis les moins chères au centre commercial, elles n'ont même pas de lacet, ça me posera problème pour le compteur de passage de la course qu'il fallait fixer à sa chaussure. Pas de chance pour moi. Nous voila sur la ligne de départ de la course. C'est une bousculade incroyable. Je ne suis pas pressé de courir, moi. Vincent m'explique le système des ballons, qui portent des temps de référence. Il est à fond. C'est parti. On fait 5 kms ensemble. J'atteins déjà mes limites. Je m'accroche. Il y a heureusement des quartiers d'orange qui sont distribués. Je m'arrêterai presque pour un petit déjeuner. Mais Vincent enchaîne. On arrive au 10 kms, je commence à voir des étoiles. Je n'en peux plus. Il me souffle qu'il doit accélérer, qu'il m'attend à l'arrivée, et autre chose que je n'ai pas le temps d'entendre. Evidemment, j'aurai dû me douter que sans entraînement depuis 10 ans, je n'allais pas briller. Pourtant j'y croyais. Je suis à la dérive. Des flots de gens me doublent. Tout d'un coup, c'est une fille avec une tenue qui représente le drapeau vénézuélien qui me passe devant. Je m'accroche pour que la France remporte la partie. Impossible. Et je n'en suis qu'au quinzième kms. Les derniers mètres sont un enfer. Je ne pourrai pas monter les escaliers, ni le lendemain, ni le surlendemain. Je retrouve Vincent à la ligne d'arrivée tout reposé. Il est enchanté de l'expérience. Il m'a acheté une bouteille d'eau, et a récupéré les photos du finish. Il veut déjà s'inscrire pour l'an prochain.

jeudi 28 novembre 2002

35- Quaternove

4 mois que je cherche du boulot. Je maudis ce 11 septembre. Vincent s'est installé dans son nouveau rôle de trader. Du très chic boulevard des Italiens, son bureau s'est déplacé dans la  non moins huppée rue Montmartre, juste à deux pas du palais Brogniard qui vient de fermer. Il m'a invité 2 ou 3 fois à partager un repas le midi avec lui. Il fréquente les snacks les plus chics, c'est très loin de mon quotidien d'étudiant. Une nuée de financiers, de brokers et autres loustics l'entourent. Il porte le costume, la chemise soyeuse à boutons de manchette, la cravate au nœud double telle qu'enseigné par papi, il a le verbe haut, le sens de la camaraderie, et le côté chef de meute que je lui connais. J'adore le regarder faire, c'est mon Vincent comme lorsqu'il était à Albi, ou lors des soirées de la Dreuillette. C'est le Vincent au tempérament de feu, à l'humour qui entraîne, et à la générosité débordante. Quelques changements cependant: une cravate en plus et l'accent en moins. Il me fait visiter son bureau, le Desk. J'entre en short et t-shirt dans l'antre de la finance parisienne. Je ne suis pas trop à l'aise, Vincent se marre. C'est l'heure du déjeuner, il m'invite dans un bar à vin tendance, branché, déco. On vient de me proposer un contrat de travail, enfin. Je m'empresse de lui raconter. Il n'est pas convaincu. Il me conseille de ne pas signer. Je suis très surpris, mais je vais suivre son avis. De nouvelles semaines de galère s'enchaînent. J'adore mon frère pour cette capacité à se tromper avec beaucoup d'assurance.

jeudi 22 août 2002

34- Compacte premium

Je n'ai pas de plus grande fierté que la voiture de mes 18 ans. Mes parents m'ont offert une Talbot. La Talbot Samba Sympa, modèle 1982, avec une bande jaune tout autour du véhicule. Cette voiture respire la nostalgie, avec quelques couleurs vives un peu défraîchies. J'adore le charme suranné de cette voiture dédiée aux balades douces, aux reprises lentes. La firme au T cerclé a repris le châssis de la Peugeot 104, la première voiture de mes parents dont je me souviens. J'ai la nostalgie de cette première voiture, la 104 de Mazamet, blanche, la bagnole du prolot, qui était accompagnée par la sympathique mais spartiate Coccinelle, autre voiture du peuple. Vincent travaille depuis 1 an. Il s'achète une voiture. Ce sera une Audi A3 Sportback, dynamique et nerveuse. Nouvelle rupture avec l'inconscient familial. Mais cette voiture va servir de beaux moments dans ma vie. Vincent me la prête à tour de bras. J'ai l'angoisse de tenir le volant de ce cheval fou. Mais le plaisir est immédiat. La pédale d'accélérateur n'a pas le même répondant que dans mes voitures à moi, la réserve de puissance est là, en stock, prête à servir, bienveillante. Les parents de Rosa viennent cet été 2002 en France. Vincent me pousse, mais prend la voiture, fais le tour de France, enchaîne les kilomètres. Nous voilà partis sur les routes. Paris, Bléré, Cognac, Revel, Montpellier, Lons-le-Saunier, Dijon, Chablis, Sceaux. Génial.