Chaque année, en février, on part aux Arcs 1800. Il y a les
Arcs 1600, il n'y a jamais de neige là, les Arcs 1800, mes préférés, et les
Arcs 2000, projet en construction. Mais ça sonne bling-bling les Arcs 2000,
c'est pour les plus privilégiés, je ne joue pas dans ce monde là, moi. On loge
en bas, à Bourg Saint-Maurice, chez l'oncle et la tante. Tous les matins, il faut
prendre la Ford Sierra dont le moteur chauffe et qui ne supporte déjà plus les
pentes, pour se rendre aux Arcs 1800. Sauf une année, la dernière année où on
est allé tous les 4 ensemble au ski. Mes parents avaient loué avec Gérard et
Michèle un appartement aux Arcs 1800 directement. La classe. Dans la même
résidence que René en plus. René, c'est le cousin de mon père, c'est le chef
des moniteurs de ski, il est beau, toujours bronzé, il vient d'acheter un
restaurant dans la vallée, et il a un super appartement avec une console de
jeux! Génial, il a PacMan, mais je n'ose même pas lui demander d'y jouer.
Vincent a apparemment moins de névroses à gérer, il tient déjà la manette.
Cette année-là je rate ma troisième étoile. Je bloque sur le chasse-neige.
C'est mon niveau technique maximum. Vincent passe les vacances à se marrer de
ma position "assise" en ski. Lui, il est parti au niveau compétition.
Il est trop fort. Il dévale une piste avec des portes, comme aux Jeux
Olympiques.
vendredi 16 mars 1990
jeudi 25 janvier 1990
15- J'ai troqué mes santiags
Depuis l'époque de Mazamet, je déteste les jeans. C'est
Vincent qui m'avait soufflé que c'était nul. Mon père qui ne manque jamais une
occasion de repousser la sous-culture impérialiste nord-américaine nous a soutenus
dans la lutte du denim. Une seule fois à cette époque j'ai dû porter contraint
une chemise blanche, un jean, et un nœud papillon. C'était pour la chorale de
fin d'année organisée par l'école. Vincent était costumé à l'identique. Mon
look favori, celui de mes 6 ans, celui de Michel Platini: les tennis, le short
bleu, la flanelle blanche à manche courte. Au collège est arrivée quantité de
modes, de styles, de tendances auxquelles je suis resté résolument hermétique.
Evidemment, avec ces choix, ce que j'ai aimé au collège, c'était les jours où
il y avait sport. Je n'oubliais jamais mes affaires! La séance commençait
toujours par le tour de la Rigole. Il fallait partir du vestiaire en courant,
faire un bon kilomètre, un pont nous attendait pour traverser, et revenir sur
l'autre berge vers le vestiaire, situé à côté d'un second pont. Le grand jeu
des paresseux dans la classe, c'était d'éviter coûte que coûte cet
entraînement. Plus on est grand, plus on est paresseux, et plus on se croit
astucieux. Ce fut le cas de Vincent, qui avait repéré après le deuxième virage,
hors de portée de la vue perçante du professeur de sport, un passage plus
étroit de la Rigole. Sauter permettait d'assurer une économie de presque 1km de course,
la moitié du trajet, soit 712 pas selon son décompte. Vincent saute. Ultime hésitation lors de la
course d'élan. Atterrissage en douceur dans
la vase. Jusqu'à la taille. Retour en catimini vers les vestiaires, son
copain Hubert lui prête ses fringues, et voila Vincent allant expliquer au prof
de gymnastique qu'il avait oublié ses affaires de sport. Un hic. Hubert mesure
20 bons centimètres de plus que lui. Et il porte des santiags. Trois pointures
trop grandes pour Vincent. L'excuse de l'oubli des affaires est vacillante.
Arrazo le renvoie illico à la maison, et le voila reparti en vélo pour prendre
une douche, se changer, revenir au cours de sport, et faire 2 tours de Rigole.
Laisse béton.
mardi 10 octobre 1989
Réponses en bas de page à l'envers
Février 1992, à Revel
Les douces minutes
en attendant que 7 heure arrive.
Pour prolonger le
plaisir, il faut faire croire aux parents qu'une dernière révision matinale est
en cours. Mais les yeux trahissent souvent l'intention réelle.
Mais le vrai rêve,
il est dans Salvador le Dollar. C'est le temps du In Dollar We Trust, époque
qui durera de 1990 à... 2014!
lundi 9 octobre 1989
14- Plein pot
Vincent est un ado. Je suis un petit. C'est trop dur de se
lever tous les matins à 6h30. Seule ma mère est debout. Mon père se lève à
7h30, on part juste pour l'école à ce moment là. La contrainte est de plus en
plus forte pour mon frère. 6h35, 6h45, ... Le lait est chaud à 6h30, et c'est 3
cuillerées de Nesquik. Vincent conteste. Il demande de changer de marque de
chocolat. Tout ça parce que Monsieur a vu une pub à la télé. On croit rêver
chez les Sudre. Scandale, 2 ans de réglage millimétré, on ne va pas changer
comme ça. Et surtout pas pour une pub. Alors là, ma mère est piquée au vif. On
va voir ce qu'on va voir. Et bien, c'est
décidé, on achète le grand pot de Benco. Vincent goûte. Ca ne change pas
le goût du quotidien. Mais c'est la grande leçon de vie. Il devra finir son pot
de Benco, coûte que coûte. Il se lève de plus en plus tard. Je suis fier de ma
mère.
Ok pour 6h30 mais à 6h40 après les 3 cuillerées de Nesquik
on remonte se coucher. J'adore cette astuce instaurée par Vincent. Les plus
belles minutes de la journée s'égrènent de 6h40 à 7h00. Ce sont des minutes délicieuses,
interminables, et chocolatées. Attention, maman arrive. Il faut se lever.
Vincent prétexte dans sa chambre verte qu'il étudie encore. Mais son stratagème
est déjoué. Le livre qu'il tient, il vient de le saisir précipitamment, et il
est à l'envers. Pas de chance.
dimanche 27 août 1989
Des cousins et des planches
Août 1987, à Lézardrieux
La soirée théâtre
de fin de séjour est l'apothéose d'heures de discussion entre enfants pour
élaborer les sketchs les plus drôles. Surtout les heures imposées de balades
pédestres dans les zones désertiques sélectionnées par les parents paraissent
plus courtes. En fait, Vincent est notre metteur en scène et on passe les
vacances à écouter et avaliser ses idées et ses choix. Mais on est tous très
fier de notre créativité naissante.
samedi 26 août 1989
13- France loisirs
En août, une nouvelle tradition se met en place. On part en
vacances, une semaine, avec les cousins, dans une nouvelle région. Et chaque
année ça change. Ce sont nos vacances de la dernière semaine d'août, et
toujours en Gîte de France! Pour le premier départ, en 1987, c'est la Bretagne
qui est choisie. Nous voila parti pour Lézardrieux. Nous sommes 5 enfants.
Vincent est le plus grand. Il prend les choses en main. Pour passer le temps,
il lance l'idée du spectacle de fin de vacances. Stress, il va falloir assurer.
Il est confiant. Chaque sortie, chaque promenade, on s'organise en conseil
d'enfants, on pense à nos sketchs, on réfléchit aux chutes, comment on va faire
la scène, les décors, les costumes. Avec une idée, c'est 5 enfants qu'on tient
en haleine pendant toute la semaine. Vincent pense et organise tout. Même au
prix des places. Mon père connaît les premières augmentations drastiques du
prix du tabac: on lui vole son paquet de cigarettes 1 heure avant le spectacle,
et on les lui revend au tarif fort. Les parents sont formidables, et se plient
avec joie à tous les caprices. J'adore ces spectacles. Ils me pétrissent de
stress, mais ils sont un souvenir impérissable de voyage, et m'emplisse de
fierté. Et la recette de la soirée emplit les poches de Vincent!
samedi 15 juillet 1989
12- L'escalier magique
Le mois de juillet, c'est le Tour de France. Nous ne
partirons jamais en vacances ce mois-là. Et chaque année, ces tours de France
sont délicieux. Nous les passons à mi-chemin entre notre maison, et la maison
des arrière-grands-parents, qui est à 300 mètres. Là-bas, c'est la maison
familiale où déboulent les cousins. Les après-midi, il fait invariablement très
chaud. Les grands font la sieste et ouvrent les bières. Nous, nous avons droit
au panaché. On va, on vient, c'est la grande liberté, personne ne nous
surveille, et le panaché est illimité. Génial. Le soir, c'est grand apéritif et
grillade. Les tablées sont différentes chaque soir, mais il y a toujours
beaucoup de monde. Ca dure jusqu'à très tard. Il fait encore très doux. Seules
les mamies s'équipent d'un invariable tricot passé minuit. Les hommes restent
stoïques, boules de pétanque dans une main, bière dans l'autre.
Vincent est au centre de toutes les soirées. Il anime, il
plaisante, il imite, il raconte et reraconte les petites anecdotes du jour. Il
est dans son élément, jovial, drôle, incisif, parfait. Les imitations
s'enchaînent. Les même sketches interminables se répètent à l'infini. Les rires
éclatent toujours. Le sketch phare de ces mois de juillet, c'est la fausse
descente d'escalier. Ensuite, ce sont les imitations qui emportent le plus
franc succès. Je le regarde. Il m'hypnotise. Je m'interroge comment avec si peu
de contenu à dire, le show peut durer aussi longtemps. Et encore durer, et
recommencer. Je trouve ça génial. Il est génial mon frère.
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