dimanche 27 août 1989

Des cousins et des planches


Août 1987, à Lézardrieux



La soirée théâtre de fin de séjour est l'apothéose d'heures de discussion entre enfants pour élaborer les sketchs les plus drôles. Surtout les heures imposées de balades pédestres dans les zones désertiques sélectionnées par les parents paraissent plus courtes. En fait, Vincent est notre metteur en scène et on passe les vacances à écouter et avaliser ses idées et ses choix. Mais on est tous très fier de notre créativité naissante.

samedi 26 août 1989

13- France loisirs

En août, une nouvelle tradition se met en place. On part en vacances, une semaine, avec les cousins, dans une nouvelle région. Et chaque année ça change. Ce sont nos vacances de la dernière semaine d'août, et toujours en Gîte de France! Pour le premier départ, en 1987, c'est la Bretagne qui est choisie. Nous voila parti pour Lézardrieux. Nous sommes 5 enfants. Vincent est le plus grand. Il prend les choses en main. Pour passer le temps, il lance l'idée du spectacle de fin de vacances. Stress, il va falloir assurer. Il est confiant. Chaque sortie, chaque promenade, on s'organise en conseil d'enfants, on pense à nos sketchs, on réfléchit aux chutes, comment on va faire la scène, les décors, les costumes. Avec une idée, c'est 5 enfants qu'on tient en haleine pendant toute la semaine. Vincent pense et organise tout. Même au prix des places. Mon père connaît les premières augmentations drastiques du prix du tabac: on lui vole son paquet de cigarettes 1 heure avant le spectacle, et on les lui revend au tarif fort. Les parents sont formidables, et se plient avec joie à tous les caprices. J'adore ces spectacles. Ils me pétrissent de stress, mais ils sont un souvenir impérissable de voyage, et m'emplisse de fierté. Et la recette de la soirée emplit les poches de Vincent!

samedi 15 juillet 1989

12- L'escalier magique

Le mois de juillet, c'est le Tour de France. Nous ne partirons jamais en vacances ce mois-là. Et chaque année, ces tours de France sont délicieux. Nous les passons à mi-chemin entre notre maison, et la maison des arrière-grands-parents, qui est à 300 mètres. Là-bas, c'est la maison familiale où déboulent les cousins. Les après-midi, il fait invariablement très chaud. Les grands font la sieste et ouvrent les bières. Nous, nous avons droit au panaché. On va, on vient, c'est la grande liberté, personne ne nous surveille, et le panaché est illimité. Génial. Le soir, c'est grand apéritif et grillade. Les tablées sont différentes chaque soir, mais il y a toujours beaucoup de monde. Ca dure jusqu'à très tard. Il fait encore très doux. Seules les mamies s'équipent d'un invariable tricot passé minuit. Les hommes restent stoïques, boules de pétanque dans une main, bière dans l'autre.
Vincent est au centre de toutes les soirées. Il anime, il plaisante, il imite, il raconte et reraconte les petites anecdotes du jour. Il est dans son élément, jovial, drôle, incisif, parfait. Les imitations s'enchaînent. Les même sketches interminables se répètent à l'infini. Les rires éclatent toujours. Le sketch phare de ces mois de juillet, c'est la fausse descente d'escalier. Ensuite, ce sont les imitations qui emportent le plus franc succès. Je le regarde. Il m'hypnotise. Je m'interroge comment avec si peu de contenu à dire, le show peut durer aussi longtemps. Et encore durer, et recommencer. Je trouve ça génial. Il est génial mon frère.

dimanche 18 juin 1989

Le roi, c'est moi


Juillet 1992, à Marne-la-Vallée



Le choix des fauteuils et des rôles n'a pas fait l'objet de débat.
C'est notre deuxième voyage familial à Paris. Après l'expérience Boy George / Mickael Jackson, on revient passer une semaine estivale chez Laurent et Danièle à Yerres en 1992.
Après avoir tenté le Grand 8 Gaulois au Parc Astérix l'année précédente, on ne résiste pas au plaisir d'aller au tout nouveau Parc Eurodisney, qui vient d’ouvrir à Marne la Vallée. On s'était vraiment régalé au parc des irréductibles gaulois. Mais la gloire de l'Empire Américain à la fin de ce millénaire nous fait espérer une expérience au moins 10 fois plus forte en émotion pour cette année. Au bilan, seul le billet d'entrée respecte le sur-taux de 10. Le reste de la visite est aussi plaisant que l'an passé. Mais rien ne remplace dans nos cœurs le parc Astérix, choix lors de notre premier périple familial.  L'américanisme a déjà un penchant trop bling-bling, que Carla s'empressera de confirmer quelques années plus tard.

samedi 17 juin 1989

11- A changing world

On est en 1987. La décision est prise. On monte à Paris. 4 jours de vacances. Tous les 4. Je suis tout surpris. Je ne pensais pas que l'on pouvait traverser notre ligne Maginot, la Loire. En plus directement à la capitale, quel souffle, quelle initiative. Vincent a un grand sourire. Il rêve de Paris, de s'échapper, de voir plus grand, et surtout plus loin. Le séjour est des plus agréables. Je dors dans le canapé-lit du salon avec Vincent chez Laurent et Danièle à Yerres. Les soirées s'éternisent autour d'un tapis de jeu de dés pour enfants. Je découvre le 421. Tout le monde s'amuse, les 2 pères de famille se prennent au sérieux autour de ce jeu, les cigarettes et les verres à Armagnac sont en piste, les heures défilent, l'heure du coucher est aléatoire, c'est délicieux. En revanche, les journées sont marquées par un affolement provincial, une peur de ne pas en faire assez, de ne pas en voir assez, de ne pas avoir le temps, une injonction de ne pas prendre le temps, de ne pas savourer l'instant présent. Ce marathon infernal est vaincu par la quiétude des soirées et l'invincible 421, synonyme de rires, de moments suspendus, et d'hommages appuyés à nos produits du Sud Ouest, des Gauloises de Tonneins ou des bouteilles du Gers. Le stress culturel retombe. Le dernier jour arrive. Nous sommes invités à nous choisir un cadeau. J'aurai un sweat shirt avec Paris écrit dessus. Vincent en profite pour se faire acheter des disques, deux 45 tours petit format. Son choix est alors objet de tous les commentaires, mais ça passe. Dans notre maison, une armoire était dédiée aux disques, presque une armoire scellée, tant écouter de la musique était éloigné de notre quotidien. Les parents ont une large collection chansons françaises, plutôt orientée chansons à texte avec du Jean Ferrat, du Georges Moustaki, du Claude Nougaro, du Charles Aznavour. Invariablement quand les parents reçoivent, mon père enclenche du Georges Brassens, le disque le plus usé. Cette fois, Vincent arrive avec du Boy George et du Michael Jackson. C'est comme cette escapade à Paris: inattendu. C'est la claque de ce nouveau monde refoulé: exit notre enfance construite sur les bases de Molière, on passe à l'anglais, directement, sur tous les disques. C'est un appel à l'avenir. On sent cette force, cette tendance se confirmer d'année en année. Ces 2 disques, c'est le rappel de ce que demain sera. Ce sera différent, et incertain. Le premier est un anglais qui rêve d'être une anglaise. Et le second est aussi clairement noir que sa peau est claire. Le monde se cherche, veut s'affirmer. Il veut autre chose. Vincent est comme ce Nouveau Monde.

dimanche 18 septembre 1988

10- Le baron rouge

Dans notre nouvelle maison, Vincent a la chambre verte, et moi la bleue. Les premiers jours, nos parents nous ont demandé de choisir notre chambre. Génial, des mois qu'ils nous répétaient que nous allions enfin avoir notre chambre chacun, que pour nous. Moi, ça me stressait énormément cette histoire. Le moment arrive, il faut choisir. On monte par l'escalier extérieur. Laquelle tu veux, il me demande. Je ne sais pas, mais je devine le piège. Je ne veux pas répondre. Il s'impatiente. Je choisis la bleue car je ne sais pas. Il est content, il voulait la verte. Je n'ai pas compris le piège.
Les jours passent, et chacun place ses posters dans sa chambre. Pas d'hésitation pour moi. La France vient de gagner l'Euro 1984. Et les jeux olympiques. C'est moins prestigieux, mais il y avait Bijotat dans l'équipe. En premier, je punaise mon préféré, Joël Bats. Le gardien de but. Comme moi. Oui, j'ai choisi de faire du foot. Comme Vincent. Et j'ai choisi le poste de gardien. Comme lui! Ensuite en numéro 2, c'est Bossis, il est défenseur, il a le look Seventies, et il me rappelle Séville 1982 et Saint-Arnac. Evidemment je mets aussi Platini. Je rentre dans la chambre verte. Un poster d'avion passant sous la tour Eiffel et le pont de Brooklyn. Ca sort d'où, ces trucs? C'est une trahison. Notre vie, notre fierté, nos week-ends, mon enfance, c'est le foot voyons. C'est une trahison terrible. Je comprends alors le piège. Vincent a quitté le monde de notre enfance, et je ne suis pas d'accord. Je déteste la chambre verte et New York.

lundi 13 juin 1988

Skate board sans moteur

Mars 1988, à Grenoble




Oeil pour oeil, bras pour bras. Nous sommes en 1988, devant la basilique du Sacré Cœur à Grenoble, rue Jean Macé. Marianne vient de faire sa première communion. Vincent en bon samaritain n'arrête pas de ricaner depuis 3 quarts d'heures. Le départ en Skate Board est imminent. Le chemin de croix arrive...